Thèse Charge du Cancer et Résilience de la Lutte Contre le Cancer dans les Contextes de Crise H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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Les missions du poste
Établissement : Université Claude Bernard Lyon 1 École doctorale : CanBioS - Cancérologie, Biologie, Santé de Lyon Laboratoire de recherche : CIRC - Centre international de Recherche sur le Cancer Direction de la thèse : Isabelle SOERJOMATARAM ORCID 000000026017741X Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-10-31T23:59:59 Les crises humanitaires, notamment les conflits, les catastrophes naturelles et les épidémies, perturbent les systèmes de santé et peuvent compromettre la prévention, le diagnostic et le traitement du cancer. Pourtant, la charge du cancer parmi les populations exposées aux crises reste mal connue, tout comme la capacité des systèmes de santé à maintenir ces services pendant et après une crise.
Cette thèse vise à quantifier la charge du cancer dans les contextes de crise à l'échelle mondiale en 2022 et en 2024, à examiner l'influence de différentes méthodes de mesure de l'exposition aux crises sur ces estimations, et à étudier la résilience de la lutte contre le cancer dans un pays touché par une crise. Elle combinera les estimations GLOBOCAN avec des données sur les crises issues de l'indice de gravité INFORM, d'EM-DAT, d'ACLED et d'UCDP. Une étude de cas nationale associera une analyse des politiques publiques à des entretiens avec les acteurs concernés. Les résultats permettront de mieux comprendre l'ampleur de la charge du cancer dans les contextes de crise et d'identifier des pistes pour renforcer la continuité des soins et la résilience des systèmes de lutte contre le cancer. Au cours des dernières décennies, la fréquence, la gravité et les conséquences des crises - notamment les conflits, les catastrophes naturelles, les épidémies, les famines et les déplacements de population - ont augmenté à l'échelle mondiale. Le nombre de personnes ayant besoin d'une aide humanitaire (People in Need, PiN) a plus que doublé en moins de dix ans, passant de 125,3 millions en 2016 à environ 305,1 millions en 2025. La durée moyenne des plans de réponse humanitaire atteint désormais dix ans [3-5]. En outre, les crises ne se présentent plus uniquement sous la forme de chocs aigus et isolés : elles sont de plus en plus prolongées et concomitantes, différents types de crises se produisant simultanément et renforçant leurs effets sur les populations touchées.
Les crises peuvent désorganiser immédiatement les systèmes de santé, notamment en détruisant les infrastructures sanitaires, en entraînant le déplacement ou la perte de personnel médical, en interrompant les chaînes d'approvisionnement et en réduisant les capacités de financement. Ces perturbations sont souvent aggravées par une réorientation des priorités politiques et financières vers la sécurité et l'aide humanitaire d'urgence, au détriment des services publics nécessaires à une lutte efficace contre le cancer [6-8]. De tels contextes sont particulièrement préjudiciables à la prise en charge oncologique, qui dépend de la continuité des soins tout au long du parcours, de l'accès au diagnostic et aux traitements, ainsi que d'un suivi à long terme [8-10]. Les données issues de crises antérieures, notamment de la pandémie de COVID-19, montrent que ces perturbations peuvent entraîner des diagnostics à des stades plus avancés, interrompre les traitements et probablement aggraver le pronostic des patients atteints de cancer, notamment en augmentant la mortalité. Le cancer constitue aujourd'hui une cause majeure de morbidité et coexiste donc souvent avec les situations de crise. Les personnes atteintes de cancer dans ces contextes font ainsi face à une « double charge » : aux besoins sanitaires et humanitaires immédiats engendrés par la crise s'ajoute une maladie qui persiste et dont la prise en charge peut se dégrader dans des systèmes de santé fragilisés.
Malgré une prise de conscience croissante de cet enjeu, les liens entre cancer et crises restent insuffisamment étudiés. Il n'existe aucune estimation exhaustive, à l'échelle mondiale, du nombre de personnes atteintes de cancer touchées par les crises, et les résultats peuvent varier selon la manière dont l'exposition aux crises et leur gravité sont définies. On connaît également encore mal la capacité des systèmes de santé à maintenir les activités de lutte contre le cancer dans différents contextes de crise, ainsi que les effets des perturbations sur l'ensemble du parcours de soins. Cette thèse vise à combler ces lacunes en étudiant la manière dont les crises influent sur la charge mondiale du cancer et sur la résilience des systèmes de lutte contre le cancer.
1. Quantifier et comparer la charge du cancer dans les contextes de crise en 2022 et en 2024.
2. Évaluer l'influence de différentes définitions opérationnelles et sources de données relatives à l'exposition aux crises sur les estimations de la charge mondiale du cancer dans les contextes de crise.
3. Étudier, à travers une étude de cas nationale, certains aspects de la résilience des systèmes de lutte contre le cancer dans un pays touché par une crise.
La première étape consistera à quantifier la charge du cancer parmi les populations exposées à des situations de crise en 2022 et en 2024. Cette charge sera évaluée à partir d'indicateurs épidémiologiques, notamment l'incidence, la prévalence et la mortalité, sur la base des estimations GLOBOCAN 2022 et 2024. L'exposition aux crises sera caractérisée à l'aide de l'indice de gravité INFORM (INFORM Severity Index), élaboré dans le cadre d'une collaboration entre le Comité permanent interorganisations et la Commission européenne. Cet indice permet d'évaluer de manière standardisée la gravité des crises et des catastrophes en cours dans le monde, en intégrant des informations provenant de plusieurs sources accessibles au public. La charge du cancer n'étant pas directement disponible pour les populations exposées aux crises, le sous-indicateur INFORM relatif à la population exposée sera utilisé comme facteur de pondération afin d'estimer la part de la charge nationale du cancer concernant les populations potentiellement exposées à une situation de crise. Cette approche tiendra compte non seulement de l'existence d'une crise dans un pays, mais aussi de la proportion de sa population qui y est exposée. Les estimations ainsi obtenues seront agrégées entre les pays et ventilées selon la région géographique, le niveau de développement socioéconomique, la localisation du cancer et les caractéristiques démographiques.
Dans un deuxième temps, le projet évaluera la sensibilité des estimations de la charge du cancer à différentes définitions opérationnelles et sources de données relatives à l'exposition aux crises. Les estimations fondées sur l'indice de gravité INFORM seront comparées à celles issues d'une approche basée sur les événements, combinant les données d'EM-DAT sur les catastrophes naturelles et les épidémies avec celles d'ACLED et d'UCDP sur les conflits. Les estimations obtenues selon ces différentes définitions de l'exposition seront ensuite comparées, notamment en ce qui concerne le nombre et la proportion de cas de cancer considérés comme exposés à une crise, le degré de recoupement entre les classifications et la cohérence des estimations au niveau national. Lorsque les données le permettront, des caractéristiques des événements, telles que leur durée et leur fréquence, seront également intégrées à d'autres mesures de l'exposition reflétant l'intensité des crises ou l'exposition cumulée à celles-ci. Cette analyse permettra d'évaluer dans quelle mesure les conclusions relatives à la charge mondiale du cancer dans les contextes de crise dépendent de la définition et de la mesure de l'exposition.
Enfin, le projet étudiera la manière dont les systèmes de lutte contre le cancer maintiennent leurs activités, s'adaptent et se rétablissent pendant les crises, ainsi que les facteurs liés au système de santé susceptibles de contribuer à leur résilience, à partir d'une étude de cas nationale. Un pays sera sélectionné pour cette étude approfondie selon des critères prédéfinis, éclairés par les résultats des deux premiers objectifs. Ces critères comprendront notamment la gravité et le type de crise, l'ampleur de la charge du cancer estimée parmi les populations exposées, ainsi que la qualité et la disponibilité des données pertinentes. Une analyse approfondie des politiques publiques examinera les réponses apportées par le pays en matière de lutte contre le cancer pendant la ou les périodes de crise retenues. Elle sera complétée par des entretiens qualitatifs avec des responsables des politiques publiques et d'autres parties prenantes afin d'étudier comment les systèmes de santé ont maintenu, adapté ou rétabli les activités de lutte contre le cancer tout au long du parcours de soins pendant les crises, ainsi que les facteurs susceptibles d'avoir contribué à leur résilience. Les données issues des entretiens feront l'objet d'une analyse thématique et seront interprétées à la lumière des résultats quantitatifs et des réponses aux crises documentées.
Le profil recherché
Le ou la candidate devra être titulaire d'un master en épidémiologie, santé publique, santé mondiale, biostatistique ou dans une discipline connexe, et manifester un intérêt marqué pour la recherche sur le cancer, les crises humanitaires et les systèmes de santé.
Une bonne maîtrise des méthodes quantitatives et de l'analyse de données est souhaitée, ainsi qu'une capacité à interpréter des indicateurs épidémiologiques et à mener une revue critique de la littérature. Une expérience des méthodes qualitatives ou de l'analyse des politiques de santé serait un atout. Le projet requiert également de bonnes capacités de rédaction scientifique en anglais, de l'autonomie, de la rigueur et une aptitude à travailler avec des partenaires de différentes disciplines et de différents pays.
Une bonne maîtrise des méthodes quantitatives et de l'analyse de données est souhaitée, ainsi qu'une capacité à interpréter des indicateurs épidémiologiques et à mener une revue critique de la littérature. Une expérience des méthodes qualitatives ou de l'analyse des politiques de santé serait un atout. Le projet requiert également de bonnes capacités de rédaction scientifique en anglais, de l'autonomie, de la rigueur et une aptitude à travailler avec des partenaires de différentes disciplines et de différents pays.
Compétences requises
- Anglais
- Autonomie
- Analyse de données