Les missions du poste

Établissement : Université Claude Bernard Lyon 1 École doctorale : EDISS - Interdisciplinaire Sciences-Santé Laboratoire de recherche : CRNL - CENTRE DE RECHERCHE EN NEUROSCIENCES DE LYON Direction de la thèse : Sabine PLANCOULAINE ORCID 0000000307258306 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-06-03T23:59:59 Les caractéristiques du sommeil évoluent fortement de l'enfance à l'adolescence, avec des modifications des rythmes circadiens et des durées de sommeil, particulièrement marquées à la puberté. Cette période correspond également à une phase critique pour l'émergence de comportements alimentaires problématiques et de troubles du comportement alimentaire (TCA), dont la prévalence est plus élevée chez les filles. Des associations entre sommeil et comportements alimentaires ont été suggérées, mais restent encore peu étudiées en population générale et dans une perspective longitudinale intégrant le rôle du développement pubertaire.Ce projet vise à étudier les relations longitudinales entre les caractéristiques du sommeil au cours de l'enfance (de 1 à 10,5 ans), le développement pubertaire et les comportements alimentaires problématiques et TCA à l'adolescence (14 ans), au sein de la cohorte de naissance nationale française ELFE.

Il s'agira d'identifier des trajectoires/groupes de trajectoires de sommeil par des modèles à classes latentes longitudinales, d'étudier leurs associations avec le développement pubertaire et les comportements alimentaires par des régressions multivariées. Des analyses de médiations/modération seront également effectuées pour objectiver le potentiel rôle du développement pubertaire dans ces relations. Les analyses seront réalisées en population générale et stratifiées selon le sexe.

Ce travail permettra d'identifier des profils précoces de vulnérabilité et de mieux comprendre les mécanismes développementaux reliant sommeil, puberté et comportements alimentaires, afin d'orienter de possibles stratégies de prévention précoces et ciblées. Le sommeil évolue fortement de la petite enfance à l'adolescence, avec notamment la suppression progressive des siestes vers 5-6 ans et une diminution de la durée de sommeil recommandée sur 24 heures, passant de 11-14 heures à 1-2 ans à 8-10 heures chez les adolescents (1). Parallèlement, l'entrée dans la puberté s'accompagne de modifications physiologiques du rythme circadien, caractérisées par un décalage de phase avec des horaires d'endormissement plus tardifs (2). Ce décalage, associé à des contraintes scolaires imposant des réveils précoces, favorise un déficit du temps de sommeil en semaine et une compensation le week-end, à l'origine d'un phénomène de jet-lag social (3).

Un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité a été associé à de nombreux indicateurs de santé défavorables. Des études longitudinales ont notamment mis en évidence des liens avec des troubles cardio-métaboliques (surpoids/obésité, diabète, ...), des difficultés d'apprentissage et des altérations de la régulation émotionnelle et comportementale (4-10). Par ailleurs, des données suggèrent qu'un sommeil perturbé pourrait être associé à un développement pubertaire plus précoce, possiblement via des mécanismes endocriniens impliquant l'axe hypothalamo-hypophyso-gonadique (11-12).

La puberté, en plus des modifications du sommeil et du rythme circadien du fait du décalage de phase, est une période particulièrement critique pour le développement des comportements alimentaires problématiques (13-14). Ces derniers regroupent un ensemble de conduites dont le grignotage, des prises alimentaires désorganisées, des épisodes de binge eating ou des préoccupations liées au poids et à l'image corporelle (14). Ces comportements concernent entre 10 et 30 % des jeunes (15), tandis que les troubles du comportement alimentaire caractérisés (TCA : anorexie, boulimie) sont plus rares, de l'ordre de 2 à 4 % (16). Les filles sont plus touchées que les garçons, notamment à l'adolescence (17). Une puberté précoce chez les filles comme chez les garçons serait prédictif d'un risque plus élevé de comportement alimentaire problématiques quelques années plus tard (13), même si les études chez les garçons sont moins fréquentes et les résultats moins cohérents (14).

Par ailleurs, des études menées en populations cliniques ont montré une association entre troubles du comportement alimentaire et perturbations du sommeil, incluant des difficultés d'endormissement, une insomnie et une irrégularité des rythmes veille-sommeil (18-20). Toutefois, ces travaux reposent majoritairement sur des approches transversales, ne permettant pas d'établir la temporalité des associations.

Ainsi, malgré une littérature en expansion, les relations entre sommeil, développement pubertaire et comportements alimentaires restent insuffisamment étudiées et comprises. Les études longitudinales en population générale sont encore rares et n'ont que très peu exploré les trajectoires précoces du sommeil et leur rôle dans l'émergence des comportements alimentaires problématiques. Dans ce contexte, l'utilisation de données issues de grandes cohortes de population, telles que la cohorte de naissance ELFE, offre une opportunité unique d'étudier ces associations en longitudinal, d'identifier des groupes plus à risque et des facteurs potentiellement modifiables par des mesures de prévention précoce. L'objectif de ce projet est d'étudier les relations longitudinales entre les caractéristiques du sommeil au cours de l'enfance (de 1 à 10,5 ans), le développement pubertaire et l'émergence de comportements alimentaires problématiques et de troubles du comportement alimentaire (TCA) à l'adolescence (14 ans), ainsi que leurs interrelations, au sein de la cohorte ELFE.

Les analyses seront conduites en population générale et stratifiées selon le sexe afin d'examiner d'éventuelles différences développementales.

Ce projet s'articule autour de trois axes principaux :

Axe 1 - Trajectoires de sommeil et développement pubertaire
Objectif : identifier les relations entre les trajectoires des caractéristiques de sommeil entre 1 et 10,5 ans et le développement pubertaire à 10,5 et 14 ans.
Pour ce faire, il s'agira de:
- Identifier les trajectoires / groupes de trajectoires des caractéristiques de sommeil entre 1 et 10,5 ans
- Caractériser le développement pubertaire à 10,5 et 14 ans
- Etudier leurs associations en prenant en compte les facteurs de confusion

Axe 2 - Trajectoires de sommeil et comportements alimentaires problématiques / TCA

Objectif : identifier les relations entre les trajectoires des caractéristiques de sommeil entre 1 et 10,5 ans et un risque accru de comportements alimentaires problématiques / TCA à 14 ans.
Pour ce faire il s'agira de:
- Caractériser les comportements alimentaires problématiques / TCA à 14 ans
- Etudier leurs associations en prenant en compte les facteurs de confusion

Axe 3 - Rôle médiateur / modérateur de la puberté dans les associations observées dans l'axe 2
Objectif : comprendre le rôle du développement pubertaire
Pour ce faire il s'agira de
- d'Etudier si la puberté amplifie, atténue ou restructure le lien sommeil - comportements alimentaires problématiques / TCA

Ce projet propose, grâce à l'utilisation de données longitudinales issues de la cohorte ELFE, une approche intégrative des relations entre sommeil, puberté et comportements alimentaires. Il permettra d'identifier des profils à risque de comportements alimentaires problématiques et de TCA, et de proposer des stratégies de prévention précoces et ciblées. 1. Sources de données
L'Etude Longitudinale Française depuis l'Enfance (ELFE, https://www.elfe-france.fr) a pour objectif de suivre des enfants de la naissance à l'âge adulte afin de mieux comprendre l'influence de l'environnement sur leur développement, leur santé, leur socialisation et leurs trajectoires scolaires. Environ 18 000 enfants nés en 2011 dans des maternités réparties sur l'ensemble du territoire français ont été inclus (21). Après l'inclusion à la maternité, les enfants ont été suivis de manière prospective par des enquêtes parentales répétées à 2 mois, 1 an, 2 ans, 3,5 ans, 5,5 ans, 10,5 ans et 14 ans, avec à ce dernier âge un recueil également réalisé directement auprès des enfants.

En complément des données socio-démographiques, l'environnement familial et de santé recueillies de manière systématique, la cohorte permet d'accéder à des informations détaillées sur les caractéristiques du sommeil de l'enfant, incluant la durée et la qualité du sommeil à 1, 2, 3,5, 5,5, 10,5 et 14 ans. Elle comprend également des mesures du développement pubertaire à 10,5 et 14 ans (stades pubertaires et indicateurs associés), ainsi que des informations sur les symptômes de troubles du comportement alimentaire (restriction alimentaire, épisodes de perte de contrôle, préoccupations corporelles) à 14 ans. De plus, des données sont disponibles sur la croissance (poids, taille), et sur la santé mentale, incluant les symptômes anxieux et dépressifs. Les données issues des vagues de la maternité jusqu'aux 10,5 ans sont actuellement disponibles pour 18041 familles à la maternité, 14442 à 1 an, 13277 à 2 ans, 11935 à 3,5 ans, 11 335 à 5,5 ans et 9529 à 10,5 ans, tandis que celles relatives au suivi à 14 ans seront complétées fin 2026.

2. Méthodes statistiques
La population étudiée sera décrite à l'aide de statistiques descriptives appropriées.

Les trajectoires/groupes de trajectoires des caractéristiques du sommeil entre 1 et 10,5 ans seront identifiées à l'aide de modèles longitudinaux de classes latentes (22). Les associations entre ces trajectoires et les comportements alimentaires problématiques et troubles du comportement alimentaire seront ensuite évaluées par des modèles de régression multivariée (linéaires, logistiques ou multinomiaux selon la nature des variables d'intérêt), ainsi que par des modèles d'équations structurelles permettant d'examiner des relations complexes entre variables observées et latentes. Des analyses de médiation/modération seront également réalisées. Enfin les analyses seront effectuées sur l'échantillon global mais également stratifiés sur le sexe.

Les facteurs de confusion inclus dans les modèles multivariés seront définis a priori à partir de la littérature, représentés et sélectionnés à l'aide de graphes acycliques dirigés (DAGs) (23). Les données manquantes seront traitées par des méthodes d'imputation multiple sous l'hypothèse de données manquantes aléatoires (MAR), après vérification de la plausibilité de cette hypothèse. Les analyses prendront en compte le plan d'échantillonnage et la représentativité de la cohorte ELFE grâce à l'utilisation de pondérations spécifiques visant à corriger les effets d'attrition et de non-réponse au cours du suivi longitudinal. Des analyses de sensibilité seront également réalisées, notamment par analyses en cas complets et comparaison des estimations afin d'évaluer la robustesse des résultats.

3. Puissance
Avec un effectif initial d'environ 18 300 enfants inclus dans la cohorte ELFE, la taille d'échantillon disponible, même en tenant compte des pertes de suivi, reste élevée pour les analyses prévues (N = 9529 à 10,5 ans).

En se basant sur les troubles étudiés les moins fréquents et en considérant des prévalences de 20% (10 à 30 % en population générale) pour les comportements alimentaires problématiques et de 3% (2 à 4 % en population générale) pour les troubles du comportement alimentaire, une puissance de 95% et un risque alpha de 5 %, nous devrions être en mesure de détecter une taille d'effet minimale de 0,08 pour les comportements problématiques et de 0,20 pour les TCA.

Globalement, la taille de l'échantillon garantit une puissance adéquate pour l'ensemble des objectifs du projet.

Le profil recherché

Master 2 en épidémiologie
Connaissances sur le sommeil
Adaptabilité
Curiosité

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