Thèse Déterminants Sensorimoteurs dans la Description des Mouvements Causés H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université Lumière Lyon 2
École doctorale : NSCo - Neurosciences et Cognition
Laboratoire de recherche : DDL - Dynamique du langage
Direction de la thèse : Alice Catherine ROY
Début de la thèse : 2026-10-01
Date limite de candidature : 2026-05-31T23:59:59
Toutes langues sont équipées pour décrire l'espace et les actions humaines de déplacement et de préhension. En dépit de la formidable diversité des langues les travaux de typologie sémantique ont mis en lumière certaines régularités, véritables points cardinaux autour desquels se déploie la variation entre les langues (Kopecka & Ishibashi 2011, Kopecka & Narasimhan 2012 ; Imbert et al, 2012). Parmi ces points de cohérence translinguistique notons 1) la primauté de la verticalité : lors de la description d'un mouvement sur ces les axes verticaux et horizontaux l'axe verticale est exprimé en premier ou plus près de la racine verbale [Tom monte les escaliers à reculons] ; 2) l'asymétrie source-but : lors de la description d'un mouvement causé, les locuteurs de plusieurs familles de langue tendent à décrire le but de l'action [Tom pose sa tasse sur la table] plus fréquemment que la source [Tom prend sa tasse]. Nous avons pu montrer que la primauté de la verticalité pourrait trouver son origine dans l'opposition de notre système moteur à la gravité. Notre hypothèse est que les asymétries observées dans la description des mouvements causés trouvent également leur origine dans une asymétrie motrice. Notre objectif est triple : 1) caractériser au niveau typologique les asymétries de description des mouvements de placement et de préhension, 2) caractériser au niveau cinématique les asymétries entre mouvements de placement et préhension ; 3) vérifier le lien causal entre les asymétries linguistiques et motrices.
Les études linguistiques et cognitives ont souvent illustré qu'il existe un biais en faveur du But par rapport à la Source et que les locuteurs de différentes langues tendent à favoriser l'expression du But en l'encodant plus fréquemment dans le discours, de manière morphosyntaxiquement plus simple et de manière sémantiquement plus précise que la Source (Ikegami 1979, 1987, Bourdin 1997). L'asymétrie Source-But s'illustre particulièrement dans les descriptions de mouvements causés de placement et de préhension (poser vs prendre). Le nombre de verbes dédiés au placement est plus important que ceux exprimant la préhension. De même les adnominaux sont plus riches et permettent une plus grande finesse sémantique de la description du But plutôt que de la Source. Enfin, dans de nombreuses langues, l'expression de la Source requiert une complexité syntaxique plus importante, l'expression du But étant en fin de compte plus précise sémantiquement et plus simple syntaxiquement. Le français n'échappe pas à cette asymétrie, et dispose de plus de verbes pour décrire le placement que la préhension, les groupes prépositionnels sont introduits pas une plus grande variété de prépositions pour le But, et l'expression de la Source passe par des propositions relative et participiale qui marquent une plus grande complexité syntaxique. Si une partie de l'asymétrie Source-But est, comme il le semble, d'origine cognitive, celle-ci pourrait avoir été apprise au cours de notre développement moteur. En effet au niveau moteur, les mouvements de préhension et de placement n'obéissent pas aux mêmes contraintes et ne suivent pas le même décours temporel. Le mouvement de placement prend en compte les risques liés à la gravité (Boulenger et al, 2022), l'objet doit être placé de manière stable afin d'éviter sa chute. À l'inverse, la préhension du même objet ne subit pas les mêmes contraintes. Ces contraintes ont un poids sur la réalisation motrice des actions de placement et de préhension, la vitesse des mouvements biologiques n'est en effet pas constante (Jeannerod, 1984) et s'adapte à l'objet et à l'environnement (Roy et al, 2013). Un mouvement plus contraint est réalisé avec une vitesse plus faible, en raison de la variabilité dans la trajectoire qu'induit inévitablement une vitesse plus élevée (Fitts, 1954). Au cours du développement, les individus deviennent experts dans la lecture de la cinématique des mouvements d'autrui (Becchio et al, 2012). De même qu'on ne s'étonne pas de comprendre immédiatement si un individu transporte une valise lourde ou légère, les profils de vitesse des mouvements du membre supérieur sont tout autant informatifs et pourraient influencer notre façon de décrire les actions.
Après la création d'un set de video de placement et de préhension nous enregistrerons la description de ces vidéos (tache d'élicitation). La particularité de notre matériel sera de présenter des actions dont la cinématique pourra être normale, ou modifiée. Une vidéo de placement présentée à l'envers apparaitra comme une préhension toutefois cette préhension présentera la cinématique de placement avec la saillance de la phase à basse vitesse. Nous analyserons les descriptions des actions produites par les participants. Une étude en psychophysique sera conduite afin de caractériser les différences cinématiques des mouvements de préhension et de placement. L'acquisition de ces mouvements sera réalisée par un système de capture du mouvement dans un espace en réalité virtuelle afin de pouvoir maximiser les contraintes motrice tout en maintenant la précision des acquisitions psychophysiques.
Le profil recherché
Le/la candidat/e retenu/e aura un M2 dans le domaine des sciences cognitives, linguistique ou psychologie cognitive et sera motivé/e par la recherche comportementale et l'analyse linguistique. L'autonomie en statistique/programmation et un bon niveau en anglais sont requis, le français doit être maitriser.